[Podcast] Le gender mainstreaming, intégrer la dimension de genre
Aurelien Dethier

Aurélien Dethier

Attaché à la Direction égalité des chances de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Comment intégrer la dimension de genre dans les politiques publiques ? Aurélien Dethier (CFWB) nous explique le gender mainstreaming, une approche intégrée pour une plus grande égalité.

Alors, qu’allez-vous apprendre aujourd’hui ?

Ne manquez pas notre article Intégrer le gender mainstreaming dans vos pratiques et retrouvez le détail de cette formation dans le catalogue de l’EAP.

Retranscription

Les podcasts de l’EAP.

Bonjour Aurélien Letier.

Enchanté de vous recevoir.

Vous êtes attaché à la Cellule Genre de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Bonjour.

Et vous êtes, sur Twitter en tout cas, un « féministe à barbe ».

Oui, c’est comme cela que je me définis en tout cas.

Très bien, parfait. Votre barbe vous va très bien.

Bonjour Julien Van Hakendover.

Bonjour Muriel.

Vous êtes chargé de communication à l’EAP.

Alors aujourd’hui, nous abordons un sujet particulièrement intéressant : le gender mainstreaming.

Il paraîtrait, cher Aurélien, qu’un homme sur deux est une femme.

Est-ce qu’en Wallonie et à Bruxelles cette notion de gender mainstreaming a quelque chose à voir avec cela ?

Est-ce que, dans les administrations wallonne et bruxelloise, on traduit le gender mainstreaming d’une manière particulière ?

Oui, d’une manière particulière.

En fait, le gender mainstreaming, c’est-à-dire l’intégration de la dimension de genre dans les politiques publiques, est une obligation internationale.

Cela provient de la Conférence de Pékin de 1995.

Cela date donc déjà de quelques années.

D’accord. C’était une convention mondiale consacrée à l’égalité.

Progressivement, cela s’est implanté au niveau européen puis au niveau national.

Nous avons notamment une loi de 2007 sur l’intégration de la dimension de genre au niveau fédéral.

Puis cela a continué son développement jusqu’à la Région wallonne en 2014 et à la Communauté française.

D’accord.

C’est donc une obligation légale.

Il a dès lors fallu traduire cette obligation dans les outils et les instances de l’administration wallonne et bruxelloise.

Alors il y a, je pense, un volet légal et un volet budgétaire.

C’est cela ?

C’est cela.

Concrètement, l’intégration de la dimension de genre concerne l’ensemble des politiques publiques, donc l’ensemble des décisions, des lois mais aussi des budgets.

Depuis cette année, il faut analyser l’ensemble des dépenses au prisme du genre.

Ce sont donc les grands chantiers actuellement en cours.

Nous sommes actuellement dans une phase de mise en œuvre des outils.

Pour ce qui est du budget, je parle ici de la Communauté française, nous avons déjà bien avancé.

Environ un tiers des articles budgétaires, donc des lignes de dépenses, ont déjà été analysés.

L’objectif est maintenant d’analyser l’ensemble du budget.

D’accord, mais quand on parle de budget, de quoi parle-t-on exactement ?

Parle-t-on de l’égalité salariale ou d’autres aspects ?

C’est vraiment l’ensemble des lignes budgétaires.

Cela va des subventions dans le domaine du sport aux subventions dans le domaine de la culture, en passant par les contrats-programmes pour les musées.

Cela comprend aussi les dépenses de personnel pour l’enseignement et les dépenses de personnel de l’institution.

C’est donc vraiment l’analyse de chaque ligne budgétaire.

D’accord.

Mais quels sont précisément les critères analysés ?

La parité ? L’égalité ?

Que regarde-t-on exactement ?

L’analyse se déroule en deux temps.

La première question est de savoir s’il existe un impact sur l’égalité entre les hommes et les femmes.

En fonction de la réponse, on choisit un code.

Il existe quatre codes possibles au sein de l’administration de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Une fois le code choisi, il faut justifier ce choix.

C’est le principe général de l’analyse.

Le code 1 concerne les dépenses qui n’ont pas d’impact sur l’égalité entre les femmes et les hommes.

Par exemple, lorsqu’on loue un bâtiment, que l’on achète des chaises ou du matériel de bureau.

Ce type de dépense n’a pas d’effet direct sur l’égalité entre les femmes et les hommes.

Le code 2 concerne les dépenses spécifiquement liées à l’égalité entre les femmes et les hommes.

On y retrouve notamment les dépenses consacrées aux droits des femmes.

Le code 3 concerne toutes les dépenses qui peuvent potentiellement avoir un impact sur le genre.

C’est là qu’il faut se poser la question :

« Cette dépense a-t-elle un impact sur l’égalité entre les femmes et les hommes ? »

Enfin, le code 4 concerne, chez nous, les transferts vers d’autres entités.

Le système institutionnel belge étant particulièrement complexe, certaines compétences sont exercées ailleurs.

Les codes 4 concernent donc l’ensemble des dépenses sur lesquelles la Fédération Wallonie-Bruxelles n’a pas directement prise.

En fonction du code choisi, il faut ensuite fournir une justification.

Pour le code 1, il faut expliquer clairement le contenu de la dépense.

Le code 2 se justifie généralement de lui-même.

Pour le code 3, il s’agit davantage d’analyser le public concerné par la dépense.

Pour le code 4, nous demandons simplement d’identifier l’institution ou le niveau de pouvoir concerné par le transfert.

D’accord.

Tout cela concerne le volet budgétaire.

Et au niveau légal, où en est-on ?

Au niveau légal, nous utilisons ce que l’on appelle une analyse d’impact.

C’est une analyse qui consiste à se demander si, lorsque l’on produit un décret, une note d’orientation ou un nouveau projet, celui-ci a un impact sur l’égalité entre les hommes et les femmes.

Est-ce que…

…cela a un impact sur l’égalité entre les hommes et les femmes ?

Quelle est la situation actuelle ?

Existe-t-il une différence entre les hommes et les femmes ?

Et si, dans le domaine où j’interviens, il existe une différence, est-ce que je peux faire quelque chose pour la réduire ?

Des exemples ?

Dans quel domaine ?

Dans le domaine de la culture, par exemple.

On constate souvent que, dans les bibliothèques publiques, il y a davantage de femmes que d’hommes qui fréquentent les bibliothèques.

Si je rédige un décret sur l’ouverture des bibliothèques, est-ce que je peux agir pour faire venir davantage d’hommes dans la lecture publique ?

Voilà la philosophie de l’analyse d’impact et du gender mainstreaming.

Mais du coup, les publics concernés sont nombreux et c’est assez complexe.

Julien, dans le catalogue de l’EAP, il existe des formations qui visent à soutenir ces notions et ce concept de gender mainstreaming.

Qui sont les publics cibles de ces formations ?

Dans vos formations ?

C’est une très bonne question, Muriel.

Je dirais que le public est assez large.

Comme cette thématique touche finalement à l’ensemble des politiques publiques, elle concerne un peu tout le monde.

Oui, parce qu’il n’y a finalement rien de plus « mainstream » que le gender mainstreaming.

Ma question venait du fait que l’on parle de budgets et de dimensions légales.

Tout le monde n’est pas amené à rédiger des décrets, à les modifier ou à analyser des budgets.

J’imagine donc qu’il existe malgré tout certains publics prioritaires.

Oui.

La formation se déroule sur une journée.

La matinée est plutôt consacrée aux aspects théoriques : comprendre la différence entre le sexe et le genre, comprendre ce qu’est le gender mainstreaming, clarifier les concepts.

L’intégration de la dimension de genre dans l’ensemble des politiques publiques peut paraître un peu complexe au premier abord.

Nous commençons donc par poser les bases.

L’après-midi est beaucoup plus pratique.

Nous avons parlé du gender budgeting. Nous montrons concrètement comment cela fonctionne.

Nous abordons également les analyses d’impact et les outils disponibles pour mettre en œuvre cette nouvelle politique.

Voilà le programme général de la journée.

Concernant le public, effectivement, il est assez large.

Comme le rappelle souvent le Centre d’expertise juridique, aujourd’hui personne n’est dispensé de réfléchir à la dimension de genre.

Cette réflexion est susceptible de concerner tout le monde.

Maintenant, si l’on souhaite être plus précis, on a parlé d’analyse de…

…décrets.

Effectivement, les personnes qui rédigent des textes légaux sont directement concernées.

De la même manière, les personnes qui savent comment les crédits budgétaires sont utilisés au sein d’une administration sont également concernées.

Il ne s’agit pas forcément des personnes qui réfléchissent à l’intégralité d’un budget, mais de celles qui connaissent concrètement l’utilisation des moyens financiers.

Par exemple, lorsqu’il s’agit d’une subvention culturelle, il faut pouvoir répondre à certaines questions :

À quelles associations l’argent est-il attribué ?

Quelles associations bénéficient de ces financements ?

Observe-t-on certaines tendances ?

Y a-t-il des catégories particulières d’associations qui reçoivent davantage de moyens ?

C’est très large et c’est effectivement difficile à cibler.

Oui, c’est assez difficile à cibler.

Mais comme vous le soulignez, il existe probablement des publics prioritaires, notamment tout ce qui touche à l’aspect juridique, les juristes, ainsi que les personnes qui gèrent les budgets et les finances au sein des organismes d’intérêt public et des administrations.

C’est cela ?

Alors, le but de la formation qui existe actuellement est vraiment d’entrer dans le concret l’après-midi.

Nous avons pour objectif de présenter des exemples, des cas pratiques et de travailler sur les situations réelles apportées par les participants.

Si certains viennent avec un projet de décret ou avec un budget en cours d’analyse, nous pouvons travailler dessus ensemble.

Notre travail, à la Cellule d’appui genre, consiste également à accompagner les administrations.

C’est précisément pour cela que cette cellule existe.

Une fois la formation réalisée, si une personne se retrouve face à une analyse d’impact ou à une analyse budgétaire…

…il lui suffit de nous contacter.

Nous pouvons alors réfléchir ensemble à la meilleure manière de réaliser cette analyse et d’informer les décideurs publics.

Est-ce que vous estimez, au regard de votre expérience, qu’il reste un important travail culturel à mener ?

Ou bien observez-vous un intérêt croissant, une curiosité ou encore un besoin d’accompagnement de la part des administrations ?

Comment voyez-vous la situation aujourd’hui ?

C’est une excellente question.

Je dirais simplement qu’il existe des personnes convaincues de l’intérêt et de la nécessité d’intégrer la dimension de genre.

Nous rencontrons régulièrement des collègues qui s’intéressent à la question et qui considèrent que parvenir à une réelle égalité entre les femmes et les hommes reste un objectif important.

Maintenant, comme vous l’avez souligné, c’est aussi un sujet relativement complexe.

Les outils que nous mettons en place peuvent parfois faire peur, ce qui est tout à fait normal.

Je pense justement que cette journée de formation permet de désamorcer certaines craintes vis-à-vis d’analyses qui paraissent très compliquées lorsque l’on se retrouve seul face à son ordinateur.

En réalité, elles sont souvent plus simples qu’elles n’en ont l’air lorsqu’on est accompagné et que l’on dispose déjà de quelques repères.

Peut-être aussi qu’il y a parfois un manque d’évidence immédiate.

L’exemple des bibliothèques que vous avez donné est assez parlant.

Oui, tout à fait.

Mais n’y a-t-il pas un risque de tomber dans certains stéréotypes ?

De se dire que certaines activités sont déjà très féminisées ou, au contraire, très masculinisées ?

Oui, bien sûr.

L’intégration de la dimension de genre fonctionne dans les deux sens.

Il ne s’agit pas uniquement des droits des femmes.

L’objectif est de rétablir un équilibre lorsqu’il existe un déséquilibre, qu’il concerne les femmes ou les hommes.

Vous évoquiez les fausses évidences.

Justement, le gender budgeting est là pour tenter de dépasser les impressions et objectiver les situations.

L’objectif est de mettre en évidence une réalité telle qu’elle est.

Il ne s’agit pas de porter un jugement de valeur en disant que telle situation est bonne ou mauvaise.

Par exemple, constater que 80 % d’un budget bénéficie davantage à des hommes qu’à des femmes ne constitue pas, en soi, un jugement.

Il s’agit d’abord d’observer les faits.

Dans le domaine du sport, par exemple, il peut être normal qu’une part plus importante du budget bénéficie aux hommes si ceux-ci pratiquent davantage certaines disciplines.

La vraie question devient alors :

Pourquoi y a-t-il moins de femmes qui pratiquent ce sport ?

Le gender budgeting permet donc de mettre en évidence une situation telle qu’elle existe et de faire remonter cette information.

Aux responsables politiques.

Mais alors, qu’en est-il de la transversalité ?

Peut-on se dire qu’un déséquilibre dans un domaine est compensé par un autre domaine ?

Excellente question.

Cependant, le gender mainstreaming en Fédération Wallonie-Bruxelles ne date que de l’année précédente.

Nous sommes encore au tout début du processus.

Passionnant.

Une dernière question.

À ce stade très précoce, pensez-vous que dans dix ou quinze ans ces questions de gender mainstreaming ne seront plus perçues comme elles peuvent encore l’être aujourd’hui ?

Qu’elles feront simplement partie des évidences ?

Ou bien estimez-vous que cela n’a rien à voir avec l’âge des agents ou le renouvellement des effectifs ?

Je ne pense pas que ce soit une question d’âge.

Les stéréotypes se reproduisent depuis des générations et ils ne disparaissent pas nécessairement d’eux-mêmes.

Par contre, j’espère que le gender mainstreaming n’aura plus vraiment de raison d’être d’ici une quinzaine d’années.

Cela voudra dire que nous aurons correctement fait notre travail et que les déséquilibres que nous cherchions à corriger auront disparu.

Je prends l’exemple des analyses d’impact.

Si les inégalités ont déjà été corrigées, il n’y aura tout simplement plus besoin de les corriger.

Exactement.

À ce moment-là, l’analyse d’impact n’aura plus de raison d’être.

J’espère que nous parviendrons à cette situation, et le plus rapidement sera le mieux.

Très bien.

Merci beaucoup.

De rien, au plaisir.

Au plaisir.

Merci, au revoir.

L’École d'administration publique (EAP) a été créée en 2012 pour former le personnel des administrations de la Région Wallonne, la Fédération Wallonie-Bruxelles et leurs OIP. Son objectif est d'améliorer les compétences des collaborateurs, tout en favorisant les échanges d'expériences inter-administrations.