Former à l’ère de l’IA : transformer (ou réinventer) sans déshumaniser
L’IA, un sujet de transformation
À l’EAP, parler d’intelligence artificielle ne relève pas de l’effet de mode. L’enjeu est plus large : accompagner la modernisation de la fonction publique en commençant par celles et ceux qui accompagnent le développement de compétences. Professionnaliser le métier de formateur·rice interne fait partie des missions centrales de l’EAP. Former les formateur·rices, c’est en réalité soutenir et outiller les administrations face aux évolutions du travail.
Or, sur le terrain, la situation est contrastée. Les formateur·rices internes ne disposent structurellement que d’environ 10 % de leur temps de travail pour la formation. Entre leurs missions principales et la préparation pédagogique, peu disposent du temps nécessaire pour expérimenter de nouveaux outils d’IA qui évoluent constamment. Certain·es se montrent enthousiastes, d’autres expriment des craintes et des réticences, se questionnent sur les opportunités, les limites. Ce qui est certain, c’est que l’indifférence est rare face à l’IA.
D’où l’intérêt d’une telle journée dont l’objectif était clair : aider chacun·e à se poser les bonnes questions. Pourquoi intégrer l’IA ? Dans quelles conditions ? Et surtout : quand faut-il l’utiliser… ou s’en abstenir ?
Poser le cadre avant de tester
C’était ce 10 février que notre 3ᵉ édition de L’écolab s’est déroulée. Pour rappel, L’écolab est un concept né en 2024, qui allie collaborations, économie collaborative, écologie et approche laboratoire. En bref, il s’agit d’une journée dédiée à la rencontre, au partage et à l’exploration autour de la formation.
Lors de ce récent événement, la matinée a d’abord consisté à clarifier les bases : qu’est-ce que l’IA, d’où vient-elle, comment fonctionne-t-elle concrètement, quelles opportunités offre-t-elle au monde de la formation ?
Différents intervenant·es issu·es d’administrations publiques et du secteur privé ont apporté leurs regards croisés : Dominique Verpoorten (Université de Liège), Sandra Smets, Mélissa Fransolet, Johan Creeten et Elodie Sornin (Le Forem), Charles Van Haverbeke (Caminos Dévelopment), Jonathan Ponsard (Technofutur TIC), Rochane Kherbouche (Bruxelles Formation), Gaylord Luypaert (efp), Xavier Van Dieren (NOW.be), Jean-Marc Everard (SPF Stratégie et Appui). Nous soulignons aussi le concours précieux de nos partenaires : Le Forem, l’Agence du Numérique (AdN) (dans le cadre du programme Digital Wallonia) et FormaForm.
Leur ambition n’était pas de convaincre l’assemblée, mais d’apporter des éléments de réflexion, en tenant compte à la fois du point de vue technophile et technophobe. Aucun discours pro-IA aveugle : tou·tes ont insisté sur la nuance et la prudence.
Les échanges ont surtout porté sur la pédagogie. Que change l’IA dans la conception d’une formation ? Comment l’utiliser avant (construire une formation), pendant (stimuler l’interactivité) et après (retenir et réactiver les apprentissages) ? Et comment questionner sa propre posture de formateur·rice ? L’idée clé : l’outil ne remplace pas la pédagogie, il la transforme, à condition de garder un regard critique.
IA et formation : expérimenter, débattre et réseauter
L’après-midi a laissé place à des ateliers pratiques. Les participant·es se sont réparti·es selon leurs intérêts. Les thématiques allaient de la découverte d’outils aux ateliers de réflexion éthique en passant par des discussions sur les impacts sociétaux et environnementaux.
Au-delà du contenu, l’événement a favorisé les rencontres entre formateur·rices internes et partenaires externes comme FormaForm ou le Forem. Le réseautage a constitué un résultat à part entière : partager les pratiques, confronter les expériences et mutualiser l’expertise fait progresser plus vite que travailler isolément.
Utiliser l’IA à bon escient
Un message a traversé toute la journée : l’IA n’est ni une solution miracle ni un danger absolu. Elle exige avant tout réflexion, esprit critique et discernement. Les participant·es ont évoqué les risques : dépendance aux outils, perte de la dimension humaine, biais dans les contenus générés. L’impact environnemental a également été discuté : l’IA consomme de l’énergie et des ressources informatiques, ce qui impose un usage raisonné. L’objectif n’est donc pas de l’utiliser partout, mais là où elle apporte une réelle plus-value pédagogique.
Pour l’EAP, cette démarche illustre concrètement sa mission d’accompagnement du changement dans les administrations. Et cela est rendu possible car notre école peut être agile, de par sa petite structure, la veille technologique active, notamment portée par Valentine Minet, et la recherche de partenaires pour renforcer l’expertise métier, dont l’Agence du numérique.
Et la suite ? Les chef·fes de projet de l’EAP ont déjà été formé·es à l’IA, et une formation spécifique destinée aux formateur·rices internes est en préparation. Car l’intelligence artificielle évolue sans cesse : apprendre à l’utiliser aujourd’hui, c’est surtout apprendre à mieux former pour demain.
Alors, qu’allez-vous apprendre aujourd’hui ?
Vous êtes formateurs internes et vous souhaitez développer de nouvelles compétences autour de la formation ? Découvrez nos formations et ateliers « Métier de la formation« .